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L'Eclair et la Lanterne

De la lecture, de l'écriture et de la vie en général.

Atami (2)

Grand soleil sur le front de mer. La ville s’anime un peu. Du matin au soir, des voix féminines, stridentes et surarticulées, jaillissent de haut-parleurs accrochés aux toits des voitures qui sillonnent la ville, vantant les mérites de tel ou tel candidat aux élections municipales. Leur écho qui se répercute sur les falaises me donne, je ne sais trop pourquoi, des frissons d’épouvante. Big Sister is watching you.

Mais personne ne les écoute. Des seniors font leur jogging sur le port en T-shirts bon marché. Des couples promènent leur petit chien impeccablement toiletté, ou leurs enfants surexcités ; certains jouent au beach-volley, ou bien décident, tout comme nous, de tuer le temps en rejoignant le petit téléphérique qui conduit au château.

Je voulais visiter le Museum of Art, où figurent quelques trésors nationaux, mais mon époux, qui est Japonais, préfère les téléphériques, et n’a pas démordu de cette destination. Une cabine rouillée nous mène donc en trois minutes en haut de la colline. La peinture des parapets s’écaille, le lino de la terrasse se décolle, mais la vue est magnifique sur la baie ensoleillée.

 

Un musée de l’érotisme nous attend, grotesque avec ses sexes en carton-pâte délavés, ses poupées pas trop mal fabriquées et de pâles reproductions d’ukiyo-e. Dans les dioramas, des automates à forte poitrine s’empalent à tour de rôle sur la tête d’une tortue ou urinent en direction du visiteur avec des gémissements hypocrites. Le groupe de punks qui passe derrière nous semble très excité. Moi non. Mon mari tire au sort une bonne fortune sexuelle ; à en croire ce petit papier, il se prépare un avenir plein de maîtresses et de prostituées. Mais cela ne nous fait pas rire.

Les arbres accrochés à la falaise sont lestés d’énormes fruits, oranges et figues, que seul un singe pourrait cueillir. La mer, immense et bleu profond, est striée de nappes rouges : du plancton mort. Au-dessus de nos têtes, des aigles.

Avec l’argent offert par ma belle-mère, j’achète des billets pour le château, hors de prix, en espérant relever un peu le niveau ; mais le sol est taché, certains étages sont fermés, et ils cèdent même certaines de leurs amures de samouraïs. Au sous-sol, certains s’étourdissent devant des jeux vidéo et autres simulateurs de vol, installés là comme pour gratter quelques yens supplémentaires au passage. Ça sent la faillite imminente.

Il ne nous reste plus qu’à profiter de la vue, et des bains : ceux de notre hôtel sont tout à fait convenables.

 

***

Photos : Atami, 2015

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