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L'Eclair et la Lanterne

De la lecture, de l'écriture et de la vie en général.

Atami (4)

La gargote où nous avions dîné hier est pleine ce soir. Nous trouvons un peu plus loin dans la rue un sushiya haut de gamme qui semble vide. Je ne me suis pas maquillée, mais qu’importe. Le patron, qui officie seul, nous installe devant lui, au comptoir.

Ici on ne congèle pas le poisson ; frais pêché du matin, il est parfois encore vivant, comme ces coquillages orange alignés dans la petite vitrine qui nous sépare. Il ne changera pas une virgule au menu pour l’allergique que je suis. En fait, il n’a pas vraiment l’air d’aimer les étrangers. Mais je reste stoïque lorsqu’il piège l’un de mes sushis avec une grosse tartine de wasabi. Mon mari me félicite pour ma conversation, à la hauteur de ses fonctions paraît-il. Il est vrai qu’entre-temps j’ai appris à tout maîtriser – y compris les impertinents.

Un autre couple arrive. Le chef s’anime, s’étend sur la crise économique qui a ruiné la région, au point que le maire avait dû, à l’époque, procéder à des coupures d’électricité. Des restaurants avaient fermé, faute de réfrigérateurs. La veille, il a reçu une dizaine de geishas ; Atami comporte en effet un quartier de plaisirs. Pour elles aussi, apparemment, c’est la crise. Il nous conseille d’aller les voir, il insiste un bon quart d’heure ; nous montre une brochure avec leurs têtes, nous donne les dates et les horaires de leurs démonstrations. Il y a bien quelques beautés, mais la plupart sont âgées, et, sous leur masque crayeux, on ne voit pas grand-chose. Il insiste : c’est ça, la vraie culture japonaise.

D’accord. Mais j’en ai déjà vu à Nara, et plus personne ne me fera croire qu’il ne s’agit pas de prostituées. Elles n’hésitent pas à aguicher les maris en présence de leur femme, en se montrant si aimables avec ces dernières que personne n’a le droit de s’en formaliser : elles ne font là que leur métier, et celui-ci n’a pas l’air facile. Elles officient même en tailleur lorsque les circonstances s’y prêtent, dans les endroits luxueux et retirés où ces messieurs les inviteront ensuite, souvent plusieurs, à l’abri de leurs épouses. Depuis, je regarde d’un autre œil leurs démonstrations de musique et de danse. Il y a un sous-entendu dans chaque geste.

Nous n’irons pas les voir ce soir.

 

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